L’arrivée de Vincent van Gogh à Auvers-sur-Oise

Quand Vincent van Gogh arriva à Auvers, le docteur Gachet le conduisit tout de suite à l’auberge Saint-Aubin, situé à trois cents mètres à peine de sa maison, en contre-bas. Mais, au bout de trois jours, opprimé continuellement par le besoin d’économie, Vincent trouva cette pension trop coûteuse; et il s’installa au café Ravoux, place de la Mairie.

La gare d'Auvers-sur-Oise - 95430 - Val d'Oise

Ce café existe encore, une petite maison à un étage, au bord de la route, et juste en face de la mairie. Mais les Ravoux ne sont plus là. Trente-deux ans passées.

La mairie, elle, également, demeure toujours, – la mairie si drolatique que Vincent à peinte, tout embarrassée de ses drapeaux, le jour du 14 juillet. Imaginez, sur une petite place, ornée d’un cadre de tilleuls, hérissée à gauche du portique des pompiers, imaginez une petite maison cubique, avec un balconnet, avec un mince campanile, avec du jaune partout, avec un air chinois. Regardez la, la petite mairie; et, tout d’un coup, vous la verrez vraiment danser, un doigt en l’air. Elle est chinoise, elle est cochinchinoise.

Au café Ravoux, Vincent prit une chambre au fond, au 1er étage. Pour y arriver, on passait derrière le billard, et l’on montait un escalier étroit. La chambre de Vincent se trouvait au bout, après avoir traversé un petit palier.

De là, Vincent, tout de suite, reprit ses toiles et il se mit à travailler; avec ce peintre, c’est toujours la même phrase qui revient. Mais il convient de souligner cette particularité qu’il ne s’éloigna guère d’un centre de motifs.

Le peintre qui partait autrefois pour les chercher au loin était tué en lui. Et, cependant, quel précieux choix de paysages offrait tout l’arrondissement de Pontoise. Au-dessus de la ville, on rencontrait les villages si pittoresques de Génicourt, de Livilliers, d’Ennery, de Fontenelles. La terre se vallonnait; on tombait sur la route si jolie de Beauvais par Méru; on découvrait des larges champs de blés, des luzernes, des meules de l’année passée. Puis, au-dessus de Valmondois, se tassaient, se dressaient sur des collines d’arbres des hameaux: Verville, les Groues, Orgiveau, les Cocus, la rue Dorée, le Carrouge. Enfin, passée l’Oise, à la belle eau verte, où glissaient lentement les péniches, on comptait, non moins contrastés et attirants, les villages de Méry, de Mériel, de Villiers-Adam, de Frépillon et de Bessancourt. Tous ces bois, toutes ces collines, tous ces villages ne tentèrent point Vincent. Oui, on peut écrire qu’il peignit presque tous ses tableaux d’Auvers, entre le café Ravoux et la maison du docteur Gachet.

Il est vrai que s’étant attaché à un piquet, Vincent pouvait, en tournant, dessiner mille paysages; et, d’ailleurs, comme il fit à Auvers beaucoup de natures mortes et des portraits, les longues courses ne s’imposaient plus.

Il allait quelquefois, cependant, jusqu’à la halte de Chaponval, où le père Penel tenait un café et distribuait les billets. Vincent convoitait de faire le portrait de la mère Penel; et cela le poussait jusqu’à la halte.

La gare de Chaponval - dit "La halte de Chaponval" à Auvers-sur-Oise - 95430

Le père Penel, type de ces ouvriers parisiens qui rêvent tout le temps à la campagne et qui ne souhaitent que de s’y retirer et y mourir, était un ancien graveur en taille douce, las de graver des dessins industriels, des pompes et des détails de chaudière. Venu à Auvers – et ayant trouvé un café libre, il l’avait acheté. Là, il connut vite des peintres: Corot, Delpy, Jules Dupré et même l’inutile Allongé. Et voilà aujourd’hui que Vincent van Gogh lui tombait encore sur les bras, il l’accueillit avec plaisir. Toutefois, il  ne voulut jamais que sa femme posât. Il avait de lui un portrait, il avait poussé des cris d’horreur; – mais, brave homme, il racontait des prétextes à Vincent et il lui laissait de l’espoir.

Vincent rencontrait chez lui un gendarme retraité, nommé Pascalini. Cet ancien pandore se montrait soiffard solide. Quand il apercevait Vincent au motif, il l’abordait pour un : « C’est ma tournée, aujourd’hui, Monsieur Vincent! » Et c’était toujours sa tournée; et ils allaient boire. Plus tard, il eut en souvenir une toile de Vincent; mais; l’ayant vendue, il but tellement qu’il culbuta, se cassa la jambe et en mourut.

Vincent allait le plus souvent chez le docteur Gachet. Il peignait dans le jardin; il peignait également, dans la salle à manger, des natures mortes. Il restait tyrannique, coléreux, n’ayant aucun souci de politesse ou de tenue. Ainsi, quand il voulait peindre chez le docteur Gachet, il dérangeait tout, brusquement, sans ménagement. On devait passer par le moindre de ses impétueux désirs. Car une fois qu’il avait arrêté sa pensée sur un motif à peindre, il fallait qu’il fût exécuté en toute hâte.

Aux premiers jours de juin, Théo et sa femme, invités par le docteur Gachet, vinrent à Auvers. Vincent fut à la gare, pour les attendre; et il apporta un nid à l’enfant.

Par la glorieuse journée, par le bel Auvers de cette époque, on peut concevoir quelle joie singulière ils ressentirent tous. Vincent, qui avait déjà repris, fidèles, toutes ses tristesses, toutes ses angoisses, fut, lui même ce jour là, en plein équilibre et courageux.

Texte de Gustave Coquiot

Extrait du livre « Vincent van Gogh » paru en 1923

Librairie Ollendorff  – Paris

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