Hippolyte Camille DELPY – (1842-1910)

Hippolyte Camille DELPY – (1842-1910),

1869: Hippolyte Camille Delpy expose pour la première fois au Salon. Si la nature morte qu’il à présenté passe inaperçue, cette exposition n’en marque pas moins pour lui la fin de cette longue période d’apprentissage et son envol solitaire sur les terres où le paysagiste trouve son inspiration; c’est aussi et surtout son entrée en cette aventure qu’est une pleine vie d’artiste à la fortune hasardeuse, et fantastique souvent où, à l’exaltation de la réussite succèdent quelquefois de longues et pénibles épreuves.

A cet esprit fin, intelligent, ami fidèle et généreux, les épreuves, que sa sensibilité lui rendent encore plus cruelles, ne vont pas manquer. Elles conduiront souvent cet homme à des retraites au plus profond de la nature où, dans la solitude, son pinceau saura traduire en les transcendant, les sentiments de révolte contre les blessures que les siens ou ses amis recevraient.

Elles nous ont valu d’incontestables chefs-d’oeuvre. L’envol solitaire de cette première année n’a été que joie de, peindre, la moisson rapportée à Paris en ce début d’hiver est abondante. Sur le petit atelier dans lequel Delpy l’examine, tombe la neige… Que c’est beau pense-t-il… et il repart, la boîte sur le dos. C’est sur le haut de la butte, à Montmartre qu’il s’arrête.

Hippolyte Camille Delpy - La grande rue à Auvers-sur-Oise

Partout la neige, deux petites figures : la femme, l’enfant, proches l’un de l’autre, barre la toile, à droite un haut mur massif imposant, derrière deux bâtiments, un bouquet d’arbres, à l’horizon, en contrebas Paris dans la brume ! Le ciel qu’éclair en quelques lueurs apporte un peu d’espoir en cet espace désespérément triste.

Quelle simplicité: un ciel, la neige, une bande brunâtre dessinant une éloquente oblique, les petites silhouettes: rien de, plus, rien de moins, seulement des proportions magiques entre les éléments.
C’est un grand moment silencieux, noble et grave. Le Docteur Gachet l’offrit au Musé Carnavalet.

La neige, que ce soit à Paris ou ailleurs ne cessera d’inspirer Delpy et cette grandeur empreinte de gravité qu’il exprime, en elles, nous la retrouverons à travers de nombreuses oeuvres d’inspirations différentes où le vent, la tempête, l’orage et l’eau viendront rappeler aux hommes combien les éléments rendent tragiquement dérisoires leur vie et leurs travaux.

Quelle que soit l’importance de l’apport dramatique en ces oeuvres, ce sont toujours les vertus plastiques de la composition et de la couleur qui conduiront à la juste expression que l’artiste ambitionne de leur donner.

« Surtout faites bien comme vous voyez » dit Corot « Mais c’est avec son coeur que l’on peint » lui avait par avance répond] Chardin… et le coeur de Delpy a prononcé : je vois.

Au printemps, notre peintre aime commencer ses campagnes par un salut à ses amis et Maîtres qu’il retrouve à Ville d’Avray pour Corot, puis à Auvers-sur-Oise où bien souvent Daubigny réunit sur « Le Bottin » – la péniche-atelier que Daubigny habite – Corot et nombre de peintres amis en de bonnes journées de travail et de gaieté, merveilleuse mise en train pou reprendre la vie de nomade qu’il s’est choisie.

En 1870 les rumeurs de guerre le ramènent à Paris où il s’installe rue Condorcet, peut-être s’est-il engagé dans la défense de Paris, aucune toile ne témoigne de son travail à Paris
L’année suivante sera difficile, pas de Salon, les toiles se vendent mal, la crise est là.

1872: un Salon… mais un règlement draconien conduit un jury à refuser quatre mille envois. Daubigny, Corot, Daumier, Manet et bien d’autres avec Delpy en font partie… protestations, scandales, projet de créer un « Salon des refusés ». Delpy s’engage, entraîne Courbet qui accepte… tout tombe à l’eau.

1873: Delpy est admis mais toujours autant de victimes de l’exigeant jury… Cette fois, le « Salon des Refusés » a lieu, l’Histoire reconnaîtra qu’il comptait parmi ses exposants de très grands noms de la peinture.

Delpy qui manque encore de philosophie supporte mal de voir ses amis traités avec tant de désinvolture et leurs oeuvre avec cette incompréhension dont on peut supposer qu’elle est moins le fait de la bêtise que l’expression d’une réaction contre un art nouveau dérangeant l’ordre établi.

L’air pur lui manque. Il part pour Auvers où il sait retrouver ses amis paysagistes. Il y rencontrera également une chai mante jeune personne, fille d’un peintre de fleurs et d’insectes, Louise-Berthe Cyboulle. L’an prochain il l’épousera, pendant dix ans elle lui apportera un incomparable bonheur.

Hippolyte Camille DELPY - (1842-1910)

Les toiles qu’il fait à cette époque reflètent l’allégresse qui l’habite : les « Coquelicots à Auvers« , « Nature à Auvers« , « Le platanes à Auvers« , « l’Ile des Vaux« , « Printemps à Auvers« , « Le Verger » autant d’oeuvres chargées de joie, de lumière et d’harmonie.

C’est à cette époque que Delpy rencontra Pissaro et Cézanne à Auvers, rencontre qui, avec celle de Monet qu’il fera dans quelques temps établissent un lien qui, si ténu soit-il, marquera certainement dans l’évolution de la couleur chez notre peintre qui, tout en restant fidèle à la technique de la belle pâte nourrissant les toiles de Daubigny, apportera une touche plus nerveuse, une couleur plus intense, posée sur une matière plus irrégulière, comme triturée ou griffée quelquefois.

Le temps passe vite. Delpy traverse des moments que le manque d’argent rend difficiles.

Corot meurt le 22 février 1875. Delpy qui l’admire et le vénère par dessus tout en est profondément affecté et sa production va traduire en un un tableau qu’il envoie au Salon, sa peine et son désespoir.

Sur une bande de terre, des saules échevelés, peupliers, frênes, découpent sur le ciel, en pleins et vides, leurs silhouettes torturées, déchiquetées, les feuilles, par endroits, dessinent une résille dérisoire, au premier plan une eau boueuse, sombre, se devinent joncs et mauvaises herbes. Derrière les arbres, deux collines ferment l’horizon.
Une vision architecturée d’une beauté sauvage où tout contribue à l’expression.
Nous pénétrons un monde de poétique où la vie et la mort s’affrontent.
Un chant désespéré.

Terminant sa tournée estivale à Paris où il s’est installé avec sa jeune femme, il peint pour elle un merveilleux bouquet de roses, lourdes de parfum, jaune, rouge et d’un blanc rosé griffé d’épines, elles font une tâche qui éclate comme un aveu sur un fond brun rouge foncé où quelques modulations apportent un peu de lumière. Pièce rare dont nous ne connaissons aucun autre exemple.

Delpy peint beaucoup, dans l’atelier les toiles s’accumulent et les acheteurs se font de plus en plus rares. Pour la première fois un artiste imagine de vendre ses toiles aux enchères en vente publique. Delpy s’ouvre de ce projet à quelques critiques, reçoit leurs encouragements, la vente aura lieu à l’Hôtel Drouot.

Delpy est sorti d’affaire pour un moment. Il recommencera cette opération à plusieurs reprises jusqu’à ce que les galeries retrouvent leurs activités normales au service des artistes porteurs d’expressions nouvelles.

C’est en ces temps de morosité générale qu’un groupe d’artistes désireux de secouer l’apathie qui pesait sur le monde des Arts, entreprit de créer un Salon, très différent de l’autre, spirituel, irrespectueux et fantaisiste, qui garantissait une gaieté pleine d’imprévus au cours d’une-visite qui ne ressemblerait à rien de connu
Ce fut « l’Exposition des Arts Incohérents ». Un énorme succès qui secoua Paris d’éclats de rire, dont la presse parla abondamment et qui valut un triomphe pour les organisateurs et les participants au nombre desquels Delpy, spirituel et actif, s’était particulièrement distingué.

C’est l’hiver, de Bois-le-Roi où vient de naître Henri-Jacques son deuxième enfant, celui qui, plus tard, deviendra peintre et l’aidera en ses dernières années, la famille rejoint Paris. Delpy s’installe rue Richer, prépare ses toiles pour le Salon ainsi que pour une autre vente à Drouot. Les toiles meublent l’atelier, beaucoup ont été inspirées par la forêt de Fontainebleau et Bois-le-Roi où les Delpy avaient reçu un accueil très agréable de la part des habitants de ce beau village des bords de Seine et où il a travaillé deux années. Il y a là des titres que la chronique a retenus : « Le Verger », « Une Rue », « La Fête à Bir », « Le Vieux Chêne au Bas Bréau » entre autres. Puis il fait une sorte de pélerinage à Auvers « Souvenirs d’Auvers » et « Bords de l’Oise à Auvers« , ce sont deux belles toiles qui ont la gravité d’un adieu. Delpy ne retournera plus à Auvers.

D’après le livre « Hippolyte Camille DELPY 1942-1910 Invitation au Voyage », avec l’aimable autorisation de monsieur et madame DUPUTEL.

Le livre de référence sur Hippolyte Camille DELPY:

Hippolyte Camille Delpy - Invitation au voyage

Superbe livre sur Hippolyte Camille DELPY, à se procurer ici: GALERIE J.M DUPUTEL

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