Daubigny – portrait du peintre

DAUBIGNY – Charles François DAUBIGNY (1817-1878).

PORTRAIT DE CE FABULEUX PEINTRE ET GRAND PEINTRE PAYSAGISTE.

Charles-François Daubigny (né à Paris le 15 février 1817, décédé à Paris le 19 février 1878) fut un des peintres qui formaient le groupe de l’école de Barbizon, et par ailleurs considéré comme un des précurseurs majeurs de l’impressionnisme.

Le peintre Daubigny devant son chevalet

Il est difficile de rencontrer carrière plus unie, Daubigny est né à Paris, le 15 février 1817, dans une famille d’artiste. Tandis qu’il grandissait, son père, Edme-François (1789-1843), élève de Bertin , exposait aux salons des paysages des environs de Paris. Le jeune Daubigny devint donc tout naturellement paysagiste, et il semble ne s’être jamais douté qu’il pût exister d’autre profession. Quand ses enfants, à leur tour, grandissent à ses côtés, sa fierté est de les emmener avec lui « pochader » le long des rivières de l’Ile de France. Qu’un de ses amis lui annonce la naissance d’un garçon, Daubigny a vite fait de formuler un souhait :  « Je regrette – écrit-il à Fr. Henriet – de ne pas être un peu magicien pour octroyer à votre fils le don du paysage et en faire un paysagiste en herbe ».

Au moment même où Daubigny allait atteindre l’âge d’homme, les destinées nouvelles du paysage s’annonçaient déjà. Les protestations commençaient à se faire entendre quand les fanatiques du paysage historique, Bidault, Rémond, Bertin ou Watelet, témoignant d’une intolérance que la postérité leur a peut-être trop rendue, essayaient de tenir fermée aux novateurs la porte des Salons. Le salonnier anonyme de l’Alliance des Arts ( sans doute Th. Thoré) résume une opinion déjà accreditée quand il écrit en 1843 : « L’erreur incroyable de cette école systématique, c’est d’essayer à exprimer la nature sans la lumière. Ils inventent à grand peine une combinaison de lignes pour un rocher ou pour un arbre, et ils oublient le ciel, l’air et le soleil. Le soleil luit pour tout le monde, excepté pour eux ».  Huet et Corot avaient fait leur apparition au Salon en 1827 ; Dupré, Rousseau et Diaz en 1831. Tous ces artistes étaient encore à leurs débuts et n’avaient produit aucune de leurs oeuvres maîtresses ; mais ils avaient déjà fait les premiers pas dans la voie nouvelle quand Daubigny exposa, en 1838, sa vue du chevet de NOTRE-DAME. La toile est perdue, mais le sujet est suffisamment significatif par lui même. Préférer de prime abord aux thèmes d’écoles les sites les plus familiers de son pays, était d’autant plus méritoire que le jeune homme revenait alors précisément d’accomplir en Italie le traditionnel voyage d’initiation. De ce voyage, réalisé en 1836 à la suite d’héroiques économies, Daubigny n’avait pas rapporté un lourd bagage d’érudition. Une semaine ne s’était pas écoulée à Rome qu’il courait déjà dans la campagne, enthousiasmé par la verdure et la fraîcheur des vallées, par la grandeur recueillie des montagnes, vibrant à tous les spectacles de nature : « Comme c’est beau un port de mer ! – écrit-il de Gênes le 18 octobre 1836 – : tous ces bâtiments de toutes les nations serrés les uns contre les autres ! ». De l’enfance à la vieillesse, c’est le même amour du plein air, le même émerveillement à promener les yeux autour de lui. Son oeuvre, qu’il faut ignorer pour le croire monotone, son oeuvre étonnament varié au contraire, nous le montre également sensible à la beauté des paisibles rivières, des ravins farouches aux flancs pelés, des mares silencieuses, des grands fleuves brumeaux, des grèves battues par le vent marin, des printemps aux vergers fleuris, des moissons d’été, des vendanges de l’automne, des arbres dénudés par l’hiver, des ciels orageux, des couchants splendides, des crépuscules apaisés, des mystérieux clairs de lune. Au fur et à mesure qu’il avance dans la vie, cette admiration s’exprime avec la simplicité d’un Credo :  « Voilà assez de mauvais humeur – écrit-il à M. Henriet en 1968 – ; parlons de la campagne et de la nature, qui est le diapason des bonnes et belles choses ».  Et il répète, en 1874 : « … Mais vive la campagne et la nature qui sert de diapason aux bonnes et belles choses…; c’est à son souvenir et à sa vue que nous devenons forts et c’est là où nous faisons de bons tableaux ». (Lettre à M. de la Rochenoire. Collection de M. Moreau-Nélaton.)  « C’est beau partout, – écrit-il encore à M. Henriet en 1875 – ; car on a toujours le même soleil qui fait les beaux tableaux ! ». Et précisement parce que la nature est belle partout, Daubigny n’aime pas s’arrêter devant les sites qui évoquent des souvenirs de lectures ou de musées. Aux décors trop bien ordonnés, qui appellent la présence de Tircis et de Galatée, il préfère, dit-il, la vraie campagne, où un honnête tas de fumier n’est pas dépaysé. Qu’il cherche, lors de ses débuts, à dresser autour de son SAINT-JEROME les montagnes du Dauphiné et le voila pris par le doute et l’inquiétude :  « il paraît – écrit-il à Trimolet en 1839 – que tu as des jours comme moi, de ces jours décourageants où l’on enverrait tout promener… Dans ces moments là, je retourne mon tableau ; je te regarde en long, en large ; je mets ma tête entre mes jambes pour voir si ça ne ferait pas mieux et je lui enverrais bien ma tête au beau milieu». Mais cela, c’est une séance à l’atelier. Voici le même homme, à quelques jours d’intervalle. Il a sa fidèle pipe à la bouche ; sur la tête, un chapeau à larges bords comme on ne peut malheureusement en porter à Paris ; aux pieds, de bons souliers férrés (prix : 7 fr. 50 ; une folie, dont il s’excuse auprès des camarades qui ont constitué de leurs économies sa bourse de voyage !) ; son chevalet est planté au bord de la Romanche : « Etant seul, je suis forcé de renforcer dans ma poche mon admiration, ou bien de gueuler tout seul : cré nom de nom, comme c’est beau ! Car, toute la journée, ne parlant pas, pour entendre un peu le son de ma voix et pour qu’elle ne se rouille pas, je chante quelques fois une chanson de Béranger et même la Marseillaise, ou je fais une petite conversation avec la Romanche, en lui disant : Comme ma vieille, c’est toi qui a creusé tout cela ! Et elle répond en faisant : chouiiii, boum, boum, ect., ce qui veut dire : j’en creuserai bien d’autres ! ». Ce contraste sera pour nous la clef de l’évolution de Daubigny. Le tableau est un éffort ; l’étude directe en plein air est une joie. Il réalisera donc peu à peu cette innovation, capitale dans l’histoire du paysage, d’exécuter entièrement «aux champs» des toiles de 3 mètres de large. Ses expéditions se renouvellent plusieurs fois par an, et il rapporte parfois d’un seul coup plus de cinquante études. Il ne se met pas d’abord en campagne aussi souvent qu’il le voudrait, car Daubigny n’a jamais voulu imposer aux siens la misère hèroïque d’un Rousseau ou d’un Millet. Il a eu un courage d’un autre genre, celui d’accepter avec humeur les besognes alimentaires : dessus des boîtes, vignettes pour prospectus, tableaux-pendules, restaurations de peintures, collaboration aux livres et journaux illustrés, et enfin, la vogue venue, répétition à l’infini de ses BORDS DE L’OISE, à l’usage des marchands. Le pain quotidien assuré, il part à la découverte dans quelque coin ignoré de France, où il sait bien dénicher l’auberge accueillante à trente sous par jour, avec les omelettes fumantes et le bon vin nouveau conforme à son esthétique.

F. Henriet (L’Artiste, 1857) (1826-1918)

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